Parole à Fabrice Keller

Fabrice Keller

Partner, Restructuring, June Partners

Après la vague des restructurations financières, la tendance semble plus se porter vers l’amélioration de la performance des entreprises et les solutions de financement innovantes. L’éclairage de Fabrice Keller, June Partners.

Spécialiste des restructurations et du financement d’entreprise, vous observez en ce moment une modification des besoins des entreprises et des missions qui vous sont confiées.

Après la crise financière de 2008 qui a provoqué de grosses restructurations dans beaucoup d’entreprises et de secteurs, on constate en effet que cette phase est terminée et que les restructurations purement financières sont moins nombreuses. Les intervenants sur le haut de bilan (dette ou LBO) sont moins sollicités, et à l’inverse les conseils opérationnels sont débordés. Le sujet qui intéresse les entreprises, et leurs actionnaires, en ce moment semble plutôt être la restructuration « de l’intérieur », en actionnant tous les leviers internes pour améliorer la rentabilité.

Comment expliquez-vous ce glissement ?

C’est essentiellement la conséquence de la faiblesse des taux d’intérêt observée depuis plusieurs années : l’argent n’est pas cher et ne manque pas, ce qui pose problème est plutôt la performance associée à ce cash.

La rentabilité des entreprises reste problématique, et cela concerne différents sujets, suivant les cas. Nous intervenons donc à plusieurs associés en même temps chez un même client, pour couvrir tous ses besoins : l’organisation des équipes et comment tirer le meilleur des ressources de l’entreprise, l’optimisation commerciale avec un travail sur les marges, les prix de revient, la gestion du portefeuille de clients, et enfin l’amélioration de la performance dans la gestion des liquidités, en termes de BFR ou de financement d’exploitation.

Il reste donc des sujets financiers à traiter.

Oui, mais ces sujets-là ont évolué. On a pu observer un boom des financements sur actifs depuis 2 ans, et on est de plus en plus à la recherche de financements innovants, qui ne rentrent pas forcément dans les cases que les banques ou les investisseurs traditionnels proposent. De nouveaux investisseurs, beaucoup d’étrangers, sont prêts à faire des financements particuliers, sur-mesure, et l’on est face à un plus grand nombre d’interlocuteurs et donc plus de choix.

Nous pouvons citer l’exemple de Clear Channel (affichage et mobilier urbain) que June Partners a conseillé, qui devait faire face à un fort besoin en investissement pour accompagner notamment le développement de son activité dans l’affichage digital, sans pouvoir compter sur le soutien de sa maison mère. La solution est venue d’une amélioration du BFR pour dégager plus de cash de l’activité elle-même, et d’un co-investissement avec un fonds britannique qui accepte d’acheter les équipements à chaque marché contracté, ce qui demande une certaine souplesse.

15 juin 2015.